La klamath et la spiruline sont souvent rangées côte à côte, sous le nom d'« algues bleues-vertes ». Elles ont en effet beaucoup en commun : ce sont deux cyanobactéries, vendues séchées en poudre, en gélules ou en comprimés. Mais elles ne viennent pas du même endroit, ne sont pas produites de la même façon, et ne présentent pas les mêmes risques de contamination.
Voici, point par point, ce qui les rapproche et ce qui les distingue. Un rappel utile avant de commencer : aucune allégation de santé n'est autorisée en Europe, ni pour la klamath, ni pour la spiruline.
Klamath et spiruline : de quoi parle-t-on ?
La spiruline regroupe plusieurs espèces du genre Arthrospira. La klamath, elle, est une seule espèce : Aphanizomenon flos-aquae, souvent abrégée AFA. Toutes deux sont des cyanobactéries, des micro-organismes à mi-chemin entre la bactérie et la micro-algue, qui vivent dans l'eau.
Selon l'Anses, les cyanobactéries n'ont pas de noyau, comme les bactéries. Mais elles contiennent de la chlorophylle et utilisent la lumière pour se développer, comme les algues et les plantes. Elles renferment aussi des pigments bleus, dont la phycocyanine.
D'où viennent-elles et comment sont-elles produites ?
C'est la première grande différence. La spiruline est souvent cultivée, dans des bassins ou des installations fermées. La klamath est récoltée à l'état sauvage, pour l'essentiel dans le lac Upper Klamath, dans le sud de l'Oregon, aux États-Unis, où elle prolifère naturellement.
La spiruline est un aliment traditionnel ancien. Selon l'Anses, sa consommation est bien documentée au Tchad, où elle accompagne le millet en sauce, et au Mexique. Des productions industrielles se sont développées dès les années 1980 dans plusieurs pays, puis en installations éclairées au début des années 2000. La France en produit environ 30 tonnes par an.
La klamath, elle, n'est pas cultivée : elle est prélevée dans son lac, puis séchée. Ce mode de récolte explique l'essentiel des différences de qualité entre les deux, comme on le verra plus loin.
Que contiennent la klamath et la spiruline ?
La composition de la spiruline est bien décrite. L'Anses rapporte, par rapport à la matière sèche, 60 à 70 % de protéines, 5 à 15 % de phycocyanine, environ 1,1 à 1,5 % de chlorophylle, et du bêta-carotène. L'avis de l'Anses ne détaille pas la composition de la klamath. Comme toutes les cyanobactéries, elle contient de la chlorophylle.
Les deux sont souvent présentées comme des sources de vitamine B12. C'est trompeur :
- Dans la spiruline, environ 80 % de la vitamine B12 est de la pseudo-vitamine B12, une forme inactive chez l'être humain, selon l'Anses.
- Dans la klamath, une étude de 2006 a identifié le composé principal comme de la pseudo-vitamine B12. Les chercheurs concluent qu'elle n'est pas adaptée comme source de B12, en particulier pour les végétaliens.
Si vous ne mangez aucun produit d'origine animale, ne comptez donc ni sur l'une ni sur l'autre pour vos apports en vitamine B12, et parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.
La grande différence : le risque de toxines
Certaines cyanobactéries fabriquent des toxines, les microcystines, qui s'attaquent surtout au foie. Quand une cyanobactérie est récoltée dans la nature, une autre espèce productrice de toxines peut être ramassée en même temps. C'est le cas dans le lac Upper Klamath, où pousse aussi Microcystis aeruginosa.
Plusieurs analyses vont dans le même sens :
- En Italie, une étude de 2012 a analysé des compléments de 17 marques. Les produits ne contenant que de la spiruline étaient exempts de contamination. Ceux à base de klamath contenaient des microcystines, jusqu'à 5,2 microgrammes par gramme, avec des écarts allant jusqu'à 50 fois entre deux lots d'une même marque.
- Aux États-Unis, une étude publiée en 2000 a retrouvé des microcystines dans 85 échantillons sur 87, dont 63 au-dessus de la limite fixée par l'Oregon, 1 microgramme par gramme.
- En France, l'Anses note en 2017 que la plupart des produits à base de spiruline seule ne présentent pas de niveau préoccupant de toxines, contrairement aux compléments de klamath, avec des teneurs relevées jusqu'à 18 microgrammes par gramme.
La réglementation française en tient compte : les compléments de klamath doivent contenir moins de 1 microgramme de microcystines par gramme. L'Anses juge toutefois que cette limite doit être réévaluée. La spiruline n'est pas exempte de tout risque pour autant : des teneurs en plomb, en mercure ou en arsenic dépassant les limites ont été rapportées dans certains échantillons.
Comment bien choisir, et avec quelles précautions ?
Que vous choisissiez la klamath ou la spiruline, la qualité du produit compte plus que tout. Pour la spiruline, l'Anses recommande de privilégier les circuits les mieux contrôlés : un produit conforme à la réglementation française, traçable, avec un fabricant clairement identifié. Ce conseil vaut aussi pour la klamath. Respectez toujours la dose indiquée sur l'étiquette.
Quelques précautions, issues de l'avis de l'Anses sur la spiruline, à appliquer aussi à la klamath par prudence :
- ces compléments sont déconseillés aux personnes atteintes de phénylcétonurie, ayant un terrain allergique, ou une fragilité des muscles ou du foie ;
- 5 g de spiruline par jour apportent 7 à 8,5 mg de bêta-carotène, alors que la limite estimée pour les compléments est de 7 mg par jour : évitez de cumuler plusieurs produits qui en contiennent ;
- pendant la grossesse, l'allaitement, chez l'enfant, ou en cas de traitement médical, demandez l'avis de votre médecin ou de votre pharmacien.
Un complément alimentaire ne remplace pas une alimentation variée et équilibrée, ni un mode de vie sain.
FAQ
La klamath et la spiruline sont-elles des algues ?
Pas au sens strict. Ce sont deux cyanobactéries : elles n'ont pas de noyau, comme les bactéries, mais font de la photosynthèse, comme les algues. On les surnomme « algues bleues-vertes » à cause de leur couleur.
Quelle est la principale différence entre les deux ?
Le mode de production. La spiruline est souvent cultivée, alors que la klamath est récoltée à l'état sauvage dans un lac de l'Oregon. Cette récolte l'expose davantage à une contamination par des toxines produites par d'autres cyanobactéries.
La klamath ou la spiruline apportent-elles de la vitamine B12 ?
Pas sous une forme fiable. Dans les deux cas, la vitamine B12 est surtout présente sous une forme inactive chez l'être humain. Elles ne conviennent pas comme source de B12, notamment pour les végétaliens.
Ont-elles des effets reconnus sur la santé ?
Non. Aucune allégation de santé n'est autorisée en Europe pour la klamath ni pour la spiruline. Ce sont des aliments ou des compléments alimentaires, pas des médicaments.
Sources
- Anses, « Avis relatif aux risques liés à la consommation de compléments alimentaires contenant de la spiruline », saisine n° 2014-SA-0096, 2017.
- Vichi S., Lavorini P., Funari E. et al., « Contamination by Microcystis and microcystins of blue-green algae food supplements (BGAS) on the Italian market and possible risk for the exposed population », Food and Chemical Toxicology, 2012, 50(12), p. 4493-4499.
- Gilroy D.J., Kauffman K.W., Hall R.A. et al., « Assessing potential health risks from microcystin toxins in blue-green algae dietary supplements », Environmental Health Perspectives, 2000, 108(5), p. 435-439.
- Miyamoto E., Tanioka Y., Nakao T. et al., « Purification and characterization of a corrinoid-compound in an edible cyanobacterium Aphanizomenon flos-aquae as a nutritional supplementary food », Journal of Agricultural and Food Chemistry, 2006, 54(25), p. 9604-9607.
- Règlement (UE) n° 432/2012 de la Commission établissant une liste des allégations de santé autorisées portant sur les denrées alimentaires.
Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.