Après 65 ans, les plantes les plus simples restent souvent les meilleures compagnes du quotidien : une infusion de camomille après le repas, une tisane de verveine ou de mélisse le soir. Ce sont des usages anciens, doux, que l'on peut garder avec plaisir.
La vraie question, avec l'âge, n'est pas tant de trouver la plante idéale que d'éviter les mauvaises surprises. Certaines plantes et certains compléments peuvent modifier l'effet des médicaments. Voici ce qu'il faut savoir pour profiter des plantes en toute prudence.
Pourquoi faut-il plus de prudence avec les plantes après 65 ans ?
Parce que le corps change. Avec l'âge, le foie et les reins éliminent moins vite les substances que l'on avale. Et beaucoup de personnes âgées prennent plusieurs médicaments chaque jour. Une plante ajoutée sans en parler peut alors perturber un traitement bien réglé.
L'Assurance maladie explique que ces changements peuvent entraîner une accumulation de résidus de médicaments dans l'organisme, et donc des effets indésirables. Une moindre sensation de soif peut aussi conduire à une déshydratation, qui modifie à son tour la concentration des médicaments dans le corps.
L'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) rappelle un autre point : les personnes âgées sont souvent suivies par plusieurs médecins, qui ne connaissent pas toujours l'ensemble des traitements pris. C'est pourquoi elle demande aux soignants d'interroger précisément leurs patients sur les médicaments, mais aussi sur les compléments alimentaires et les plantes.
Quelles plantes peuvent interagir avec vos médicaments ?
Plusieurs plantes courantes sont connues pour leurs interactions. Les plus citées par les autorités de santé sont le millepertuis, le ginkgo, la réglisse et le curcuma. Si vous suivez un traitement au long cours, demandez l'avis de votre médecin ou de votre pharmacien avant d'en prendre sous forme de complément.
- Le millepertuis : selon l'Assurance maladie, il peut diminuer fortement l'activité de plusieurs familles de médicaments, dont les anticoagulants de type anti-vitamine K et certains antidépresseurs. Le Vidal cite aussi la plupart des médicaments des troubles cardiaques.
- Le ginkgo : le Vidal indique que les personnes sous anticoagulants doivent s'en abstenir, car des saignements ont été signalés. Il conseille aussi de l'arrêter 3 à 4 jours avant une opération.
- La réglisse : elle fait monter la pression artérielle. L'Assurance maladie recommande de l'éviter si vous prenez un traitement pour la tension.
- Le curcuma : même utilisé comme épice, il peut renforcer l'action de certains médicaments du diabète pris par la bouche, avec un risque de baisse trop forte du sucre dans le sang.
Les plantes ne sont pas seules en cause. Les compléments d'oméga 3 peuvent additionner leurs effets à ceux des anticoagulants. Et le jus de pamplemousse modifie l'absorption de certains médicaments contre le cholestérol : l'Assurance maladie conseille de ne pas en boire dans les 2 heures qui précèdent ou suivent la prise.
Quelles plantes en infusion sont traditionnellement utilisées ?
Les plantes à infuser les plus classiques, comme la camomille, la verveine odorante, la mélisse ou le tilleul, font partie des habitudes de nombreuses familles. On les boit par tradition après le repas ou le soir, pour le plaisir d'une boisson chaude et parfumée.
La camomille matricaire est un bon exemple. L'Agence européenne des médicaments reconnaît son usage traditionnel, sous forme de médicament, pour les petits inconforts digestifs comme les ballonnements. Elle précise que cet usage repose sur son ancienneté et non sur des essais cliniques suffisants.
Même une plante douce demande quelques précautions. La camomille est à éviter si vous êtes allergique aux plantes de la famille des astéracées, aussi appelées composées. Des réactions allergiques, parfois sévères, ont été rapportées.
La vitamine D, un point à surveiller avec l'âge
La vitamine D n'est pas une plante, mais elle concerne directement les seniors. L'Anses explique que la capacité du corps à absorber ou à fabriquer cette vitamine diminue avec l'âge. Les personnes âgées font donc partie des populations les plus exposées à un manque.
Deux voies permettent de couvrir les besoins :
- Le soleil : l'Anses indique qu'une exposition de 15 à 20 minutes en fin de matinée ou dans l'après-midi assure un apport suffisant.
- L'alimentation : poissons gras (sardine, hareng, maquereau, saumon), jaune d'œuf, certains champignons comme les girolles ou les cèpes, et produits enrichis.
La référence de l'Anses pour les adultes est de 15 microgrammes par jour. En moyenne, les adultes français n'en consomment que 3,1 microgrammes par l'alimentation. La vitamine D contribue au maintien d'une ossature normale.
Attention toutefois à l'excès : trop de vitamine D peut faire monter le taux de calcium dans le sang. Si votre médecin vous a déjà prescrit de la vitamine D, n'ajoutez pas de complément sans lui en parler.
Comment bien utiliser plantes et compléments au quotidien ?
La règle d'or est simple : tout ce que vous avalez compte, même ce qui est naturel. Signalez donc à votre médecin et à votre pharmacien toutes les plantes, tisanes et compléments que vous prenez, comme vous le feriez pour un médicament.
Quelques habitudes utiles, inspirées des conseils de l'Assurance maladie et de l'ANSM :
- Tenez une liste à jour de vos médicaments, plantes et compléments, et montrez-la à chaque consultation.
- Respectez les conditions d'emploi indiquées sur l'emballage et évitez les prises prolongées ou répétées sans avis.
- Signalez tout effet indésirable à un professionnel de santé.
- Demandez un bilan de vos traitements : votre pharmacien peut faire le point avec vous sur tout ce que vous prenez.
Et si l'on vous a prescrit un traitement ?
Une plante ne remplace jamais un traitement prescrit. N'arrêtez pas un médicament de votre propre initiative, même si vous vous sentez mieux, et ne reprenez pas un ancien traitement sans avis médical. Ce sont deux conseils que l'ANSM adresse directement aux patients âgés.
Gardez aussi en tête la différence entre un médicament et un complément alimentaire. L'Assurance maladie rappelle qu'un complément n'est soumis à aucun test d'efficacité ni d'innocuité avant sa mise en vente, et qu'il ne peut revendiquer aucun effet thérapeutique. Il vient compléter l'alimentation, jamais remplacer un soin.
FAQ
Une tisane peut-elle interagir avec un médicament ?
C'est possible. Certaines plantes, comme la réglisse ou le millepertuis, ont des interactions connues avec des médicaments courants. En cas de traitement au long cours, montrez la composition de vos tisanes à votre pharmacien.
Le ginkgo est-il conseillé aux seniors ?
Aucune allégation de santé n'est autorisée en Europe pour le ginkgo. Le Vidal le déconseille aux personnes sous anticoagulants et signale un risque de saignement avec l'aspirine. Parlez-en à votre médecin avant d'en prendre.
Faut-il prendre de la vitamine D après 65 ans ?
Les besoins sont réels et le corps en fabrique moins avec l'âge. Mais la décision d'un complément se prend avec votre médecin, surtout si vous avez déjà une prescription, pour éviter les excès.
Pourquoi dire à son médecin qu'on prend des plantes ?
Parce qu'une plante ou un complément peut renforcer ou diminuer l'effet d'un médicament. Votre médecin et votre pharmacien ne peuvent éviter ces interactions que s'ils connaissent tout ce que vous prenez.
Sources
- Assurance maladie (ameli.fr), « Médicaments après 65 ans : effets indésirables fréquents (iatrogénie) », 2025.
- Assurance maladie (ameli.fr), « Aliments, boissons, tabac, santé et médicaments », 2025.
- ANSM, « Bon usage des médicaments chez les personnes âgées », dossier thématique, 2023.
- Vidal, fiches phytothérapie « Millepertuis » (2019) et « Ginkgo biloba » (2026).
- Anses, « Vitamine D : pourquoi et comment assurer un apport suffisant ? », 2022.
- Agence européenne des médicaments (EMA), « Fleur de matricaire, résumé à l'intention du public », EMA/490629/2015, 2015.
- Règlement (UE) n° 432/2012 de la Commission établissant une liste des allégations de santé autorisées portant sur les denrées alimentaires.
Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.