Parmi les allégations de santé autorisées en Europe, une seule concerne l'endormissement : celle de la mélatonine, qui contribue à réduire le temps d'endormissement, à raison de 1 mg pris avant le coucher. Les plantes traditionnelles du soir, comme la valériane, la passiflore ou la mélisse, ont un usage ancien, mais aucune allégation de santé n'est autorisée pour elles dans les compléments.
Un complément peut donc, au mieux, donner un coup de pouce ponctuel. Il ne remplace ni de bonnes habitudes de sommeil, ni l'avis d'un médecin quand les nuits difficiles s'installent. Voici ce qui est reconnu, ce qui ne l'est pas, et les précautions à connaître, surtout si vous prenez déjà des médicaments.
Quels compléments ont un effet reconnu sur le sommeil ?
La mélatonine est le seul ingrédient qui peut afficher en Europe un effet sur le sommeil. Cette hormone est fabriquée naturellement par le corps pendant la nuit, et l'une de ses fonctions est de favoriser l'endormissement. Deux allégations sont autorisées, chacune avec une condition précise.
- La mélatonine contribue à réduire le temps d'endormissement : l'effet est obtenu avec 1 mg pris avant le coucher.
- La mélatonine contribue à atténuer les effets du décalage horaire : l'effet est obtenu avec au moins 0,5 mg pris juste avant le coucher le premier jour du voyage et les quelques jours qui suivent l'arrivée.
En France, les compléments alimentaires doivent apporter moins de 2 mg de mélatonine par jour. Ces allégations ne parlent ni de la durée du sommeil, ni des réveils nocturnes : ce sont les seuls effets reconnus.
Quelles précautions avec la mélatonine ?
La mélatonine n'est pas pour tout le monde. L'Anses, l'agence française de sécurité sanitaire, a recensé 90 signalements d'effets indésirables liés à des compléments qui en contenaient : maux de tête, vertiges, somnolence, cauchemars, irritabilité, tremblements, nausées ou douleurs abdominales. Elle a donc publié des recommandations en 2018.
Selon l'Anses, ne doivent pas prendre de mélatonine en complément alimentaire :
- les femmes enceintes ou qui allaitent ;
- les enfants et les adolescents ;
- les personnes atteintes de maladies inflammatoires ou auto-immunes ;
- les personnes dont l'activité demande une vigilance soutenue, et pour qui la somnolence poserait un problème de sécurité.
Un avis médical est nécessaire en cas d'épilepsie, d'asthme, de troubles de l'humeur, du comportement ou de la personnalité, et pour toute personne qui suit un traitement médicamenteux. Faute de données suffisantes sur le long terme, l'Anses conseille de réserver la mélatonine à un usage ponctuel.
Le risque d'interaction est réel. En 2024, l'Anses a rapporté le cas d'une femme de 93 ans, qui prenait plusieurs médicaments, chez qui un complément pour le sommeil contenant de la mélatonine et du pavot de Californie a été jugé très vraisemblablement en cause dans des hallucinations et une confusion. Si vous prenez un traitement, demandez l'avis de votre médecin ou de votre pharmacien avant tout complément pour dormir.
Et les plantes : valériane, passiflore, mélisse ?
Ces plantes sont traditionnellement utilisées le soir. L'Agence européenne des médicaments reconnaît l'usage de la valériane et de la passiflore, mais uniquement pour des médicaments à base de plantes, fabriqués selon des règles strictes. Pour les compléments alimentaires, aucune allégation de santé n'est autorisée en Europe pour ces plantes.
- La valériane : pour un extrait sec précis de racine, utilisé comme médicament, des études cliniques ont montré une amélioration du temps d'endormissement et de la qualité du sommeil. Les autres préparations de valériane relèvent d'un usage traditionnel. L'Agence la déconseille avant 12 ans, pendant la grossesse et l'allaitement, et recommande de ne pas conduire après en avoir pris.
- La passiflore : son usage traditionnel est reconnu pour soulager les symptômes légers de stress et favoriser le sommeil. L'Agence précise que les études disponibles, trop petites et mal conçues, ne permettent pas de conclure sur son efficacité.
- La mélisse : plante aromatique au parfum citronné, elle est traditionnellement bue en infusion le soir.
Pour ces plantes utilisées comme médicaments, l'Agence européenne conseille de consulter si les troubles persistent au-delà de deux semaines. L'Assurance maladie indique que, pour une insomnie passagère, votre pharmacien peut vous conseiller une phytothérapie légère.
Le magnésium aide-t-il à dormir ?
Le magnésium est souvent associé au sommeil, mais aucune allégation autorisée ne le relie directement au sommeil. Les effets reconnus du magnésium concernent la fatigue, le système nerveux et les fonctions psychologiques. Il est donc inexact de le présenter comme un « somnifère naturel ».
Voici, mot pour mot, trois des allégations autorisées pour le magnésium, valables quand le produit en apporte une quantité suffisante :
- le magnésium contribue à réduire la fatigue ;
- le magnésium contribue au fonctionnement normal du système nerveux ;
- le magnésium contribue à des fonctions psychologiques normales.
Si vous vous sentez fatigué parce que vous dormez mal, la priorité reste de comprendre pourquoi vos nuits sont perturbées, plutôt que de multiplier les compléments.
Quelles habitudes aident vraiment à mieux dormir ?
Les habitudes de vie restent la première réponse aux nuits difficiles. L'Assurance maladie rappelle que le traitement de l'insomnie passe avant tout par une bonne hygiène de sommeil et par la recherche de sa cause. Ses conseils sont simples et gratuits.
- Évitez les excitants dès 14 heures : café, thé, boissons caféinées, cigarette. Limitez aussi l'alcool.
- Dînez léger, sans vous coucher le ventre vide.
- Arrêtez les écrans idéalement une heure avant le coucher, et préférez un éclairage chaud et tamisé.
- Bougez dans la journée, mais évitez l'activité physique après 17 heures, ainsi que le bain chaud juste avant de dormir.
- Gardez des horaires réguliers, week-end compris, et allez vous coucher quand les signes de fatigue apparaissent.
- Préparez votre chambre : obscurité, calme, et une température de 18 à 20 °C.
Pour suivre vos progrès, l'Assurance maladie propose de tenir un agenda du sommeil : heures de coucher et de lever, nombre de réveils, et impression laissée par chaque nuit.
Quand faut-il consulter un médecin ?
Parlez-en à votre médecin traitant si vous dormez mal depuis plusieurs semaines malgré de bonnes habitudes. Une insomnie passagère est sans effet sur la santé, mais un manque de sommeil répété peut entraîner fatigue, somnolence dans la journée, irritabilité, troubles de la mémoire et risque accru d'accidents.
Le médecin cherchera une cause, comme l'anxiété, des douleurs ou des pauses respiratoires pendant la nuit. S'il prescrit un somnifère, ce sera pour une courte durée. L'Assurance maladie rappelle que les personnes âgées sont particulièrement concernées par les somnifères de la famille des benzodiazépines, qui augmentent le risque de chute et de troubles de la mémoire.
Enfin, ne cumulez pas plusieurs produits qui font dormir. L'Assurance maladie souligne que l'association de plusieurs médicaments sédatifs n'apporte pas d'effet supplémentaire, mais multiplie les effets indésirables. Signalez aussi à votre médecin tout complément que vous prenez.
FAQ
Quel complément alimentaire est reconnu pour s'endormir plus vite ?
La mélatonine est le seul ingrédient qui dispose d'une allégation autorisée en Europe : elle contribue à réduire le temps d'endormissement, avec 1 mg pris avant le coucher. Elle ne convient pas à tout le monde : lisez les précautions de l'Anses.
Peut-on prendre de la mélatonine tous les soirs ?
L'Anses recommande de limiter la mélatonine en complément alimentaire à un usage ponctuel, faute de données suffisantes sur ses effets à long terme. Demandez conseil à votre médecin si vous en ressentez le besoin régulièrement.
La valériane est-elle efficace ?
Un extrait précis de valériane, vendu comme médicament, a montré dans des études une amélioration de l'endormissement et de la qualité du sommeil. Aucune allégation de santé n'est autorisée pour la valériane dans les compléments alimentaires.
Peut-on associer un complément pour dormir et un somnifère ?
Pas sans avis médical. La mélatonine peut interagir avec des médicaments qui agissent sur le système nerveux, et l'Assurance maladie déconseille de cumuler plusieurs produits sédatifs.
Sources
- Anses, « Compléments alimentaires contenant de la mélatonine : pas pour tout le monde ! », Vigil'Anses n° 5, juin 2018 (avis du 11 avril 2018, saisine 2016-SA-0209).
- Anses, « Hallucinations et confusion mentale associées à la consommation d'un complément alimentaire pour le sommeil contenant de la mélatonine et du pavot de Californie », Vigil'Anses n° 24, décembre 2024.
- Agence européenne des médicaments (EMA), HMPC, « Valerian root, Assessment Report Summary for the Public », EMA/HMPC/387742/2025, 2025.
- Agence européenne des médicaments (EMA), « Passiflore, résumé à l'intention du public », EMA/275240/2014, 2016.
- Assurance maladie (ameli.fr), « Comment mieux dormir à l'âge adulte ? » (2026), « Insomnie de l'adulte : consultation et bilan médical » (2026) et « Traitement de l'insomnie » (2025).
- Règlement (UE) n° 432/2012 de la Commission établissant une liste des allégations de santé autorisées portant sur les denrées alimentaires.
Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.