Le curcuma est d'abord une épice, tirée de la racine d'une plante très utilisée en Asie, Curcuma longa. En Europe, un seul usage est reconnu, et seulement pour des médicaments traditionnels : soulager les troubles digestifs légers, comme la sensation de lourdeur, la digestion lente et les gaz.

Aucune allégation de santé n'est autorisée pour le curcuma vendu comme aliment ou complément alimentaire. Et l'Anses appelle à la vigilance : des cas d'atteinte du foie ont été signalés avec des compléments de curcuma. Voici ce que l'on sait vraiment, et les précautions à connaître.

Qu'est-ce que le curcuma ?

Le curcuma est la tige souterraine, ou rhizome, de Curcuma longa. Pour obtenir la poudre jaune que l'on connaît, le rhizome est bouilli ou cuit à la vapeur, séché, puis moulu. On l'appelle aussi « safran des Indes ». En Asie, il est utilisé depuis longtemps comme épice, colorant et remède traditionnel.

En cuisine, il entre dans des mélanges d'épices comme le curry ou le ras-el-hanout. Il est aussi très présent dans les médecines traditionnelles indienne et chinoise, où il a de nombreux usages.

Que contient la racine de curcuma ?

Ses composés les plus étudiés sont les curcuminoïdes, dont le principal est la curcumine : elle en représente environ 90 %. La racine séchée contient en général 3 à 5 % de curcumine, parfois moins, ainsi qu'une huile essentielle aromatique.

Un point est important : la curcumine est mal absorbée par l'intestin. C'est pourquoi certains compléments l'associent à la pipérine, extraite du poivre noir, ou à d'autres procédés. Dans une étude chez des volontaires en bonne santé, 20 mg de pipérine ont multiplié par vingt la quantité de curcumine passée dans le sang.

Cette meilleure absorption n'est pas qu'un avantage : elle expose aussi l'organisme à davantage de curcumine, ce qui compte pour la sécurité, comme on le verra plus bas.

Quel usage est reconnu en Europe ?

Le comité des médicaments à base de plantes de l'Agence européenne des médicaments reconnaît un usage traditionnel du curcuma pour soulager les troubles digestifs légers : sensation de lourdeur, digestion lente, gaz. Cette reconnaissance repose sur l'ancienneté de l'usage, les données cliniques étant jugées insuffisantes.

Pour ces médicaments, la monographie européenne prévoit par exemple :

  • en poudre : 0,5 à 1 g, deux à trois fois par jour ;
  • en infusion : 0,5 à 1 g dans 150 ml d'eau bouillante, deux à trois fois par jour ;
  • pour les adultes seulement, et un avis médical si les troubles durent plus de deux semaines.

Les effets indésirables signalés sont légers : bouche sèche, gaz, irritation de l'estomac.

Que penser des nombreux « bienfaits » annoncés ?

Il faut s'en méfier. On lit souvent que le curcuma agirait sur une longue liste de maladies. Aucune de ces promesses n'est reconnue : aucune allégation de santé n'est autorisée en Europe pour le curcuma, et l'Agence européenne des médicaments juge les données cliniques insuffisantes, même pour la digestion.

Les propriétés observées en laboratoire, par exemple sur les radicaux libres, ne disent pas ce qui se passe dans le corps, d'autant que la curcumine est mal absorbée. Un complément de curcuma ne remplace jamais un traitement : si vous êtes malade, n'arrêtez rien sans l'avis de votre médecin.

Quelles précautions avec les compléments de curcuma ?

En 2022, l'Anses a publié un avis après des signalements d'atteintes du foie. Sur 120 effets indésirables déclarés en France avec des compléments contenant du curcuma ou de la curcumine, 15 étaient des hépatites. L'Italie en a aussi recensé une vingtaine entre 2018 et 2019.

Les recommandations de l'Anses :

  • ne pas dépasser 153 mg de curcumine par jour par les compléments pour un adulte de 60 kg, une valeur qui ne vaut que pour la curcumine sous forme classique ;
  • être particulièrement prudent avec les formes « plus absorbables » (avec pipérine, huiles ou encapsulation), pour lesquelles aucune dose sûre n'a pu être fixée ;
  • éviter le curcuma en cas de maladie des voies biliaires ;
  • demander l'avis de son médecin en cas de traitement anticoagulant, anticancéreux ou immunosuppresseur, à cause des interactions possibles.

L'Agence européenne des médicaments le déconseille aussi en cas de calculs biliaires, de maladie du foie ou d'obstruction des voies biliaires, pendant la grossesse et l'allaitement, et avant 18 ans. Si un trouble du foie apparaît pendant une cure, l'Anses demande de penser au curcuma et d'arrêter rapidement le complément : parlez-en à votre médecin.

Et le curcuma en cuisine ?

Pour le curcuma utilisé comme épice, l'Anses se montre rassurante : elle a calculé que la quantité de curcumine apportée par l'alimentation courante en France reste faible par rapport à la dose journalière admissible fixée par l'Autorité européenne de sécurité des aliments.

Les précautions concernent donc surtout les compléments alimentaires, plus concentrés, et en particulier les formules conçues pour augmenter l'absorption. Si vous suivez un traitement, demandez l'avis de votre médecin ou de votre pharmacien avant d'en prendre.

FAQ

Le curcuma en cuisine est-il sans danger ?

Selon l'Anses, l'apport de curcumine par l'alimentation reste faible au regard de la dose journalière admissible. Les signalements concernent les compléments alimentaires, plus concentrés.

Pourquoi associe-t-on curcuma et poivre noir ?

La pipérine du poivre noir augmente fortement l'absorption de la curcumine. Mais l'Anses souligne que, pour ces formes plus absorbables, aucune dose maximale sûre n'a encore pu être établie.

Le curcuma a-t-il des effets prouvés sur la santé ?

Non. Aucune allégation de santé n'est autorisée en Europe. Seul un usage traditionnel est reconnu pour des médicaments destinés aux troubles digestifs légers, et il repose sur l'ancienneté, pas sur des essais concluants.

Qui doit éviter les compléments de curcuma ?

Les personnes ayant une maladie des voies biliaires ou du foie, les femmes enceintes ou qui allaitent, les moins de 18 ans. En cas de traitement, notamment anticoagulant, demandez d'abord l'avis de votre médecin.

Sources

  • Agence européenne des médicaments (EMA), HMPC, « European Union herbal monograph on Curcuma longa L., rhizoma », révision 1, 25 septembre 2018.
  • EMA, HMPC, « Assessment report on Curcuma longa L., rhizoma », révision 1, 2018, et résumé pour le public « Turmeric ».
  • Anses, avis n° 2019-SA-0111 relatif à l'évaluation des risques liés à la consommation de compléments alimentaires contenant du curcuma, 12 mai 2022.
  • Anses, « Curcuma ou curcumine dans les compléments alimentaires : des cas d'effets indésirables hépatiques », Vigil'Anses n° 17, juin 2022.

Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.

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