L'aromathérapie utilise les huiles essentielles, des extraits de plantes très concentrés, pour leur parfum ou pour le bien-être. Leurs effets sur la santé restent peu démontrés : en France, il est même interdit de laisser penser qu'une huile essentielle en vente libre pourrait prévenir ou traiter une maladie.
Surtout, ce sont des produits actifs, qui demandent des précautions. La DGCCRF déconseille leur usage chez l'enfant, la femme enceinte ou allaitante, les personnes âgées et les personnes souffrant de maladies chroniques. Voici ce que l'on sait, les risques connus et les bons gestes.
Qu'est-ce qu'une huile essentielle ?
Selon la DGCCRF, une huile essentielle est une substance odorante et volatile produite par certaines plantes. On l'obtient le plus souvent en distillant à la vapeur d'eau des feuilles, des fleurs, des écorces ou des graines. Malgré son nom, elle ne contient aucun corps gras.
Sa composition est complexe et varie beaucoup. L'Anses rappelle qu'elle dépend :
- de l'espèce et de la sous-espèce de la plante ;
- de la partie de la plante distillée ;
- du climat, du lieu et de la période de récolte.
Dans le commerce, il est difficile de connaître précisément ce que contient un flacon. Des analyses ont montré que certaines fioles mélangeaient plusieurs huiles d'espèces différentes, et que des produits dits « huile essentielle » contenaient parfois plus de 50 % d'autres ingrédients.
Quels effets sur la santé sont démontrés ?
Très peu. Les huiles essentielles en vente libre ne doivent revendiquer aucun effet thérapeutique, rappelle l'Anses, car leur composition n'est pas garantie au regard d'un tel effet. Toute allégation laissant penser qu'elles préviennent ou traitent une maladie est interdite.
L'exemple de la lavande est parlant. L'Agence européenne des médicaments reconnaît un usage traditionnel de son huile essentielle, dans des médicaments à base de plantes, pour soulager les symptômes légers du stress et aider à dormir. Mais cet avis repose sur l'ancienneté de l'usage, et non sur des essais cliniques.
L'Agence a bien examiné des études sur l'anxiété, le stress et le sommeil. Elle conclut que l'huile de lavande y a montré un effet possible, mais que le nombre de participants par étude était trop faible pour établir cet effet. Le parfum d'une huile essentielle peut être agréable, sans que l'on puisse lui prêter des vertus démontrées.
Quels sont les risques des huiles essentielles ?
Ils sont réels et en hausse. Selon l'Anses, les appels aux centres antipoison concernant des huiles essentielles sont passés de 1 926 en 2011 à plus de 4 000 par an entre 2018 et 2020. Les jeunes enfants sont les plus touchés, mais les adultes ne sont pas à l'abri.
- Les confusions de flacons : chez les bébés de moins d'un an, c'est la première cause d'accident, le plus souvent avec des gouttes de vitamine D.
- L'huile essentielle de gaulthérie contient presque 100 % de dérivés proches de l'aspirine. Elle ne doit pas être avalée, et elle est contre-indiquée en cas d'allergie à l'aspirine ou de traitement anticoagulant.
- Les huiles de la famille de l'arbre à thé (tea tree, niaouli, cajeput) doivent être conservées au frais et à l'abri de la lumière, pour éviter la formation d'une substance toxique.
- Les réactions de la peau : certaines huiles peuvent irriter la peau ou provoquer des allergies.
- Le cumul : une même substance peut se trouver dans plusieurs huiles, comme le camphre dans la lavande et le lavandin. Utiliser plusieurs huiles à la fois augmente le risque de surdosage.
Enfin, 15 huiles essentielles, dont celles de sauge officinale, d'hysope et de grande absinthe, ne peuvent être vendues qu'en pharmacie en raison de leur toxicité.
Quelles précautions prendre ?
Avant tout usage, l'Anses recommande de demander conseil à un professionnel de santé, surtout si vous prenez des médicaments ou avez une maladie chronique. La DGCCRF et l'Anses ajoutent plusieurs règles simples.
- Jamais pure sur les muqueuses : ni dans le nez, ni dans les yeux, ni dans les oreilles.
- Lavez-vous bien les mains après un massage ou une application sur la peau.
- Si vous avez tendance aux allergies, faites d'abord un test d'allergie.
- Pour diffuser, utilisez un appareil prévu à cet effet, ne chauffez jamais une huile essentielle, et aérez la pièce.
- Pas d'huiles essentielles pour les enfants, les femmes enceintes ou qui allaitent, ni pour les personnes asthmatiques ou souffrant d'une maladie respiratoire.
- Rangez les flacons hors de portée des enfants, loin des médicaments et des gouttes de vitamine D.
En cas d'ingestion accidentelle ou de surdosage, appelez un centre antipoison en gardant l'étiquette du produit sous les yeux.
Et les plantes aromatiques en infusion ?
L'infusion est une autre façon de profiter du parfum des plantes aromatiques, sans manipuler d'extraits concentrés. La mélisse, au goût citronné, en est un bon exemple. L'Agence européenne des médicaments reconnaît à la feuille de mélisse un usage traditionnel pour soulager les symptômes légers liés au stress et favoriser le sommeil.
Là encore, cet avis repose sur l'ancienneté de l'usage et concerne des médicaments à base de plantes, réservés aux adultes et aux enfants de plus de 12 ans. Aucune allégation de santé n'est autorisée en Europe pour la mélisse dans les aliments. Si un trouble du sommeil ou un stress dure plus de deux semaines, parlez-en à votre médecin.
FAQ
L'aromathérapie est-elle sans danger parce qu'elle est naturelle ?
Non. La DGCCRF le rappelle : naturel ne veut pas dire inoffensif. Les huiles essentielles sont des concentrés actifs qui peuvent être dangereux s'ils ne sont pas utilisés à bon escient.
Peut-on utiliser des huiles essentielles après 65 ans ?
La DGCCRF déconseille leur usage chez les personnes âgées et chez les personnes souffrant de maladies chroniques. Demandez l'avis de votre médecin ou de votre pharmacien avant tout usage.
Peut-on avaler des huiles essentielles ?
Pas sans l'avis d'un professionnel de santé. Certaines ne doivent jamais être avalées, comme l'huile essentielle de gaulthérie.
Que faire en cas d'accident avec une huile essentielle ?
Appelez un centre antipoison, avec l'étiquette du produit à portée de main.
Sources
- DGCCRF, « Les huiles essentielles », fiche pratique, 15 décembre 2023.
- Anses, « Huiles essentielles : à utiliser avec précaution ! », Vigil'Anses n° 24, décembre 2024.
- Anses, « Risques liés à l'utilisation des huiles essentielles et précautions à prendre », décembre 2024.
- Anses, « Sprays et diffuseurs à base d'huiles essentielles : l'Anses appelle à la vigilance », avril 2020.
- Agence européenne des médicaments, comité HMPC, « Huile essentielle de lavande : résumé à l'intention du public », EMA/HMPC/530968/2012.
- Agence européenne des médicaments, comité HMPC, « Feuille de mélisse : résumé à l'intention du public ».
- Règlement (UE) n° 432/2012 de la Commission établissant une liste des allégations de santé autorisées portant sur les denrées alimentaires.
Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.